Le manque d’inspecteurs est le sujet qui revient systématiquement quand des professionnels de l’auto-école se rencontrent.C’est normal. Les auto-écoles forment des candidats à l’examen du permis de conduire et, depuis au moins 1980,il y a toujours eu plus de candidats que deplaces d’examen.Sans examens, le modèle économique de l’auto-école ne fonctionne pas.
Disons un mot sur ce modèle économique.
Deux corps de métier travaillent sur le même sujet, l’un forme des candidats à l’examen du permis de conduire, il s’agit des auto-écoles, l’autre les évalue, il s’agit des inspecteurs. L’un est du secteur privé, l’autreestdu secteur public.Face à la pénurie d’examens,depuis 50 ans,les auto-écoles réclament plus d’inspecteurs, lesquels sont des fonctionnaires.Elles en rêventpendant que lesFrançais réclament moins d’impôts àunÉtaten difficulté.
Dans leur majorité, les auto-écoles sont attachées à ce modèle économiqueprivé/public. Elles excluent la possibilité de laprivatisation de l’examen,en évoquant le risque de fraude.Lafraude,pourbeaucoup d’exploitants, serait consubstantielle à la privatisation (ce qui interroge surl’idéequ’ils se font deleur propre commerce).Enfin, la rareté des places d’examens conjuguée à un taux de réussite à l’examen pratique de 50% sont intrinsèques à ce modèle économique.
Unerégulation administrative réussie de lapénurie de places d’examen.
Face à la pénurie, les pouvoirs publics ne restent pas sans rien faire, aidés en cela par les syndicats d’auto-école. On peut même dire qu’en cette année 2026,grâce àune équipequi paraîtdéterminée à la DSR,on seraitainsipassé de 84 jours de délaimoyend’examen à 45 jours « seulement ».On peut s’en félicitermêmes si, en matière de performances psychomotrices(examen pratique),45 jours à attendre,c’est le temps d’uneffacement etd’un échec.
C’estun yo-yo cinquantenaire, entre une période longue où tout va mal et unepériode courte où les choses paraissent aller mieux.C’estlà probablement une loi systémique.Lesbons côtésdumodèle économiquedoiventperdurer et,pour cela,quand lesexamenschutent et que la colère monte,les syndicats poussent gentiment la DSR à réguler.La régulation par des arrêtés et des décrets permetalorsau système de se maintenir et au yoyo de se pérenniser.
L’un des leviers, c’est aussi jouer sur le taux de réussite. D’un point de vue structurelletauxnormal est50%,chiffreneutrequi permet de satisfairea minima lesdeuxcorpsqui se fontface,chacun tirant un côté dela même corde: les inspecteursquise doivent d’être exigeantstirentvers le bas(vers 10%)et lesauto-écoles qui ont un devoir de réussite tirent vers le haut (90%).Pourla santé des unset des autres,dans ce système d’examen,50%alorsestun taux d’équilibre.
Tout écartà ce taux d’équilibreen faveur ouen défaveur de l’un des deux corps est synonyme, selon le cas,de santé au travail ou de souffrance au travail.Un taux de réussiteà 40% indisposeles auto-écolesetaugmente la santé des inspecteurs ;untaux de réussite de60%réjouit les auto-écolesetaugmente la souffrancedes inspecteurs.Lapression sociale vaaujourd’huidans lesens des auto-écoles,en effet,le taux national est de 58% :c’estune anomalie.
Parmi les dispositifs de régulation du système d’examen,il est une curieuse faculté, celle defaire appel à des postiers pour compléter l’effectif des inspecteurs.
S’ils ont une petite formation pour entrer dans le dispositif d’examen,le lien entre le métier de facteur et l’éducation routière, pourle moins que l’on puisse dire, estdiscutable. Il suffirait donc d’être fonctionnaire pour être examinateur.Ilparaît aux yeux du Ministère et, de fait,aux yeux denotre profession, qu’en matière d’éducation routière, un facteurfait l’affaire.Nous, auto-écoles,exerçons une profession commerciale. Nous ne serions pas légitimespourcela.
Nous sommesentachés d’une réputationde corrupteurs potentiels,donc,corruptibles par nature. Aussi, l’examen des candidats, comme l’affirmaitunecadre de la DSR lors d’une convention syndicale,ne saurait être confié auxauto-écoles.Nous-mêmes en semblons convaincus :l’idéede ne pas être assez vertueux estsans douteinscrit dansnotreinconscient professionnel.Maisentoutematière, ilestparfoisbon deremuer lesinconsciences.
Si depuis 50 ans, on a considéré que pour régler le problème de manque de places d’examen,ilsuffitde faireun peu plus de la même chose à chaque crise,on constate simplement quetout progrès s’inscrit à la marge.Ceprogrèsestsur le coupsalué comme une promessede jours meilleurs,maisdepuis 50 ans,elle est suivie d’une désillusion.Si les progrès sont réels età saluer,ils ne règlentjamaiscette faillequi estsystémique.
RdvPermis et ETP auraient pu êtreune révolution, c’est restéune évolution
RdvPermis, par exemple, est un progrès mais il n’apas réglélaproblématique du manque de places puisqu’on en parle encore 4 ans après.Pourtant, plus qu’un progrès, ilaconstituéun saut qualitatifpar le fait de lier les places attribuées au temps de travail réel de l’enseignant. Son point faible est ce pour quoi il a étéfait : c’estle manque d’inspecteurs.Plusieursfois,on apu attribuerseulement3 places d’examen pour un enseignanten ETP.
150 heures divisés par 3, c’est 50 heures de conduite par élève, ce qui, dans le contexte règlementaire et social d’aujourd’hui,est le score d’un enseignant médiocre.Pour rappel, la formation d’un candidat au permis B automatiquedure règlementairement 15 heures, soit 10 élèves par enseignant par mois.Dans la réalité, laduréemoyenne est plus élevée mais c’est ce chiffre de 10 candidats par ETP (équivalent temps plein)qui devrait être la norme deRdvPermis.
Si une majorité se dresse contre la privatisation de l’examen pratique, c’est une bonne raison pour s’en passer.
Même sielleparaît êtreunesolution sérieuse,il est possible d’éviterlaprivatisation de l’examen pratique.Non pasparce quel’examen de code, privatisé, estun contre-exemple, du fait d’une fraudeque l’on invoque et que l’on accuse– à tort–d’êtreextrême et endémique, maissans doute parce qu’ellepourrait mettre fin aumodèle économiqueprivé/public qui,historiquement,explique, si cen’est,justifie,l’existence de la profession.
La profession n’est pas seulement contre la privatisation,en même temps,elle accepte d’être écartée de l’examen du permis de conduire qu’elle considère ne pas être son affaire mais celleexclusive de l’état. En contrepartie, elle demande des placesd’examenen quantité suffisante, ce qu’elle n’a jamaisobtenude façon continue.Et il est difficile de croire, en l’étatactueldes financesdu pays, que l’État embauche encore plus de fonctionnaires.
En recourantau résultatd’examendifféré,les inspecteurs se sonttiré uneballedans le pied.
L’examen est le territoire des inspecteurset l’inclusion des facteurs estsuffisamment marginale pour qu’elle ne soit pasune atteinte à leur exclusivité territoriale.Il est surprenant, d’ailleurs, que les inspecteurs s’accrochent à cette place de passager d’une voiture-école. On aurait pu penser, en effet, que faireune carrière assis dans une voiture à dire toute la journée « tournez à droite, tournez à gauche » relève d’une maltraitance professionnelle.
De leur côté,côté passager aussi,les moniteurs auto-école ne sont pas victimes de cette maltraitance.Lors de toute leçon,ilsmobilisentles 4 niveaux de la matrice GDE (n’en déplaise à certains faibles d’esprit qui prétendent le contraire alors même qu’ils ne connaissent pas le métier).Là est toute la différence, elle est dans le droitdeparole…pédagogique :à cette place,les moniteurs forment et évaluenten disant, les inspecteurssesont interdits de dire.
En examen, les inspecteurs sont dans ce qu’on appelleen psychologie, « le travail empêché ».C’est même un travail auto-empêché : ils peuvent compter les pointsmais, à leurpropredemande,ils ne peuvent plus commenteretconseiller.Il n’y a plus de relation pédagogique avec le candidat. L’examen estdevenu unpis-alleret, pour beaucoup d’inspecteurs,l’objectif professionnel se situe dansles échappatoires, lesquelsne couvrent pasla demande.
Les inspecteursdevraientêtredans la classe au-dessus.
Il serait temps de les voirse ressaisir et revendiquerun métier d’inspecteur telqu’ilest valorisé, par exemple, à l’EducationNationale. Là-bas, cenesontpas les inspecteurs quifont passer lebaccalauréat.A leur poste, les inspecteurs del’E.N. contrôlent la qualitédela formation etdel’examen et, comme par hasard, on parlerarement de fraude et jamais de délai moyen de 45jourspourobtenirune placed’examen.
Un jour peut-être, nos élusqui ont leur entrée à la DSRchangeront de fusil d’épaule car Ilsconnaissentbienla richesse du métier qu’ils défendent etles valeurs que les enseignants possèdent… et transmettent. Par-là, sans doute, ils pourront demander, avec toute la douceur et la bienveillance qui caractérisent leur démarche et dont ils se prévalent, d’envisager le remplacement des facteurs-évaluateurs(et non pas des inspecteurs) par desEnseignants.
Si un jour, une telle chose se décide,il ne suffira pas de se réjouirquelaprofession d’auto-école, en matière d’éducation routière, esttraitée, au moins, à égalité avec les facteurs.Il faudra aussiéviterun « n’importe-quoi ». Par exemple,pour ne pasrisqueruneprivatisationqui ne ditpas son nom,il faudraéviter d’en faireun nouveau métier.Adjoints-évaluateurs à la disposition du bureau d’examen,leur métierreste celui d’enseigner en auto-école.
Ne pastomber dans une confusion stratégique
Une centaine d’inspecteurs qui prendraient le contrôle de 5 enseignants,c’est 500 évaluateurs de plus.Si, sur les1400fonctionnaires-inspecteurs, on affecte500inspecteursau contrôled’un dispositif« adjoints-évaluateurs »,ondisposeraitd’une force d’appoint considérable,largement suffisante pour réglerdéfinitivement leproblèmededélai d’examens.Au passage,l’INSERR– quifait notrefierté -aurait alors un rôle importantà jouer, ce n’estpas à négliger.
Comme la question est sensible,la tentation defaire semblant de ne pas la comprendreest grande.Si une privatisationserait donner ce droit d’examen aux auto-écoles, cen’estpasleproposiciquand on propose des enseignants-évaluateurs sous contrôle.En effet,donnerà des enseignantsexpérimentésle droit d’examinerdes candidats, n’estpasdonnerce droitaux auto-écoles. Faut-il ledire,un enseignantdela conduiten’est pas une auto-école !
La question du financement de cesprestations d’évaluationest l’affaire de laprofession ;dans tous les cas, il faut arrêter de sucer l’État,qui n’en peut plus,on le sait bien ;il appartient donc auxdispositifs de formation d’appréhendercetteproblématique.Prétendre qu’un tel financementest difficile à mettre enœuvre est suspect :qu’aurait-onà perdre ?Difficile ? Unsimpletimbreaucoût d’une heure de prestation d’unexaminateur suffirait.
Être plus fort que la fraude estun enjeu de sécurité et d’éducation.
En matière de contrôle, de plus en plus,le manque de moyens humains conjugué à un développement des technologies digitales de vérification – la prochaine étape, en notre domaine, serasans doute« la reconnaissance faciale » - aboutissent à un contrôle de police sans policiers. Les règles –arrêtés,règlements et lois–sont de plus en plusprescritspourrentrer dans le moule du contrôle numérique.
Sià force de contraintes règlementaires et de digitalisation, on arriverapeut-êtreà contenir la fraude à l’ETG, ledomaine de l’infraction routière montre toutefois que sans police, la règle ne suffit pas.Ainsi, certaines infractionsne rentrent pas dans le moule de l’automatisation et, quand elles rentrent,beaucoup s’évertuent à« passer sous les radars ».Le contrôle automatisé esten effetplein d’angles morts qui profitent aux fraudeurs.
Êtreplus fort que la fraude estpourtantun enjeu de sécurité et d’éducation. Face à ce problème, il convient de prendre en comptel’état financier du pays: demander une augmentation de l’effectif inspecteursdevient alors un cas de conscience citoyenne,c’est aussifantasmersuruneissue favorable(onentendavecplaisir l’annonce de 50 inspecteurs supplémentaires,onentend moins que dans la mêmepériode,50 prennent leur retraite).
Conclusion
Le recours à des enseignants expérimentés pour évaluer des candidats à l’examen pratique du permis de conduire,encore une fois sous le contrôled’un inspecteur,quand il se fera, permettra de libérerplusieurs centainesd’inspecteursqui pourrontalors, en plus du suivi« qualité »des établissements d’enseignement de laconduite,suivre et contrôler les centres d’examen ETG privés. Celaferafaireun sautqualitatifausystème examen du permis de conduirequi règleraaussila problématiquedefraude quel’on prétendconsubstantielleàlaprivatisation.
Georges HOAREAU
